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Sanctuaire marial de Schoenstatt Mont Sion Gikungu

L’Amour, socle de l’érection d’un nouvel ordre social

"La politique de la main tendue entre deux parties adverses, en vue d’un certain rapprochement d’idées, de vision, d’actions et de perspectives d’avenir,…voilà les effets que peut produire un amour basé sur l’entente, la tolérance et la compréhension", a souligné le Père Christophe Kashiga Kokipate, dans son exposé qu'il a présenté ce mardi 18 juillet 2017 dans l'amphithéâtre de l'ISCO, lors des activités de la semaine de l'Université du Burundi.

En effet, à l’occasion de cette Semaine de l’Université, l'Institut Supérieur de Commerce (ISCO) a organisé, en collaboration avec la Chaire UNESCO, l’UNESCO, l’Atelier Ecole de la foi, Caritas Burundi et avec le financement du Diocèse Stuttgart, une série de conférences, dont deux de la série «Education à la paix » le 18 et le 19 respectivement à 10h30 et 14h30 dans l’amphithéâtre du Campus Rohero sur les thèmes « Le paradoxe burundais».

La conférence de ce mardi 18 juillet a été animée par le Père Christophe Kokipate Kashiga et Docteur Pierre Ngendakumana, dans le cadre du projet "Education à la paix".

Dans son exposé axé sur le thème: "L’Amour, socle de l’érection d’un nouvel ordre social", le Père Christophe Kashiga Kokipate a décrypté la société actuelle en se référant au philosophe Thomas Hobbes qui, après avoir réfléchi sur le mal qu’un homme est à mesure d’infliger à l’autre a conclu en disant que « L’homme est naturellement mauvais », c’est ce qu’il appelle « l’état de nature » alors que son collègue Jean Jacques Rousseau venait de dire que « L’homme est naturellement bon, et que c’est la société qui le corrompt ».

L’un comme l’autre, a-t-il souligné, se sert de la méchanceté de l’homme soit comme postulat ou comme résultat de l’acte de l’homme qui fait de l’éducation de l’homme un « impératif catégorique » comme le dirait Emmanuel Kant. Cela nous a poussé à constater dans notre société actuelle un certain pessimisme psycho-social et moral poussé à outrance, et qui a creusé sa place dans bien des âmes.

DIAGNOSTIC DU MAL DE NOS SOCIETES MODERNES

Dans sa tentative de diagnostic du mal de nos sociétés modernes, le Père Christoph a émis son constat plus ou moins général selon lequel nos sociétés aspirent au développement intégral de l’homme, de chaque homme et de tout l’homme. Et le facteur sur lequel ce développement doit être battu, a-t-il attiré l'attention de l'audience, ne peut être autre que la charité ou l’amour. Cependant, souligne-t-il, il s’avère que dans ce combat sans cesse renouvelé, la haine semble l’emporter sur l’amour. Et c’est ici où un homme de foi ou celui de bon sens peut constater ce conflit permanent en lui, a-t-il révélé en se référant sur le cas de Saint Paul qui affirme être malheureux car quand il veut faire le bien, c'est le mal qui se présente à lui.

Il est donc nécessaire que l’homme prenne conscience de ce combat qui se déroule en lui entre le Bien et le Mal sans quoi il va cautionner « La guerre de tous contre tous » i.e. « Bellum omnia contra Omnes » tel que l’avait pensé le philosophe Thomas Hobbes, et ainsi entretenir la loi de la jungle où « L’homme est un loup pour l’Homme » i.e. « Homo homini lupus », a-t-il interpelé.

Pour relever la réalité des faits qui soit différente de ses apparences souvent source de confusion et d’incompréhension, le Père Christophe a placé à côté de chaque image (valeur), son cliché (antivaleur-vice) qui corrompt l’apparence de la réalité:

La fraternité : cette valeur est fondamentale dans chaque structure sociale où le « vivre-ensemble » est un impératif de taille. Une fois, cette valeur posée comme condition, l’on remarque des pratiques qui semblent la blesser ou la désacraliser : les considérations racistes, l’exclusion, le clivage nationaliste qui s’éloigne du patriotisme, le régionalisme, ethnisme, le tribalisme, l’appartenance partisane à une vision politique, l’adhésion passionnelle à une idée ou idéologie,… Tout ceci paraît nous ravir la vitalité que regorge ce mot que les Barundi appelle « Ubuvukanyi », et que les autres appellent « Undugu », note-t-il amèrement.

La solidarité : Il n’est pas juste de déduire cette valeur sur base de l’association de deux ou trois volontés qui se décident de mettre leurs forces ensemble afin de mener à bout une œuvre de développement ou d’assistance à une personne ou un coin sinistré. Le danger ici est de manipuler ce mot « solidarité » de l’extérieur. Non ! Cette valeur doit animer chacun et notre société de l’intérieur en tant que force motrice de l’âme d’un homme ou d’un peuple.

Ainsi, en vue de le contextualiser dans le passé du peuple burundais, L’Abbé Ntabona renchérit : « Autre chose qui était importante dans le passé, c’était la pratique de donner des vaches aux personnes qui étaient victimes de l’incendie ou autres catastrophes ce qu’on appelle « Kuvyukiriza ». Néanmoins, avec le déclenchement de la crise qui frappe le Burundi depuis l’indépendance, chose vraie dans toute notre région, l’esprit d’égoïsme s’est développé et entraînant la détérioration de la fraternité  en faveur de la haine. Et alors, l’indifférence s’est installée. Le Père Christophe a alors invité tout un chacun à se réveiller de notre sommeil idéologique destructeur, et à revitaliser notre humanité basée sur ces valeurs traditionnelles que Dieu a inscrites dans l’âme de nos ancêtres.

Le respect de la vie : cette valeur part de la conception universelle, africaine et burundaise de la sacralité de la vie. Le sage burundais a dit : « Ubuzima ni katihabwa », l’on ne se donne jamais la vie, personne ne choisi ni son genre, ni son pays, ni sa race,… C’est la souveraine liberté de Dieu qui nous a créés comme nous sommes et où nous sommes. L’homme a été crée à l’image de Dieu. C’est cette image divine en l’homme qui confère à sa vie le caractère de sacralité et de l’inviolabilité. C’est à ceci que se basent plusieurs défenseurs des droits humains pour montrer au monde que personne peut s’arroger le pouvoir d’enlever la vie à l’autre, même pas aux bourreaux : d’où le bannissement de la peine de mort,…etc. Mais, alors, on assiste à une recrudescence de la violence et de la criminalité dans nos sociétés où l’homme se sert de l’élimination de la vie de l’autre comme stratégie d’imposition de son avis par la peur, ou pour mettre hors d’état de nuire tout élément gênant dans sa sphère social. 

Le pardon et la réconciliation : les ancêtres du Murundi ont sagement affirmé que « Ntazibana zidakomanye amahembe » et dans un langage similaire le francophone dirait : « Qui s’y frotte, s’y pique ». Nulle part l’on concevrait une société, une famille, une entreprise, ou toute autre réalité humaine où les gens vivent dans la concorde et entente mutuelle de toute éternité. Au grand jour, les tensions s’invitent selon la diversification des aspirations, des avis, de visions,… Et ceux-ci peuvent occasionner des heurts et des blessures qui déchirent le tissu social, et si l’on ne regarde pas bien, cela peut conduire vers le chaos, vers la déchéance, vers la rupture,…bref vers l’exclusion de l’autre. Ainsi, ces valeurs du pardon et de la réconciliation viennent panser ces blessures et ré-unir les âmes brisées. C’est pourquoi, dans la sphère traditionnelle, socio-politique et religieuse l’on a toujours fait recours aux instances instituées pour amener les âmes brisées à la compréhension mutuelle, à l’acceptation de l’autre,…bref au règlement du différend. Cela se traduit chez le Murundi dans la richesse sémantique que comporte le mot : « Kunywana », « Gusubiza hamwe », « Kugwana mu nda »,…et les rites similaires liés à la gestion des conflits. Malheureusement, aujourd’hui l’on assiste à une dévalorisation de ces instances de pardon et de réconciliation qui occasionne un chaos familial et social où le malin s’introduit pour semer la zizanie en vue de conforter sa suprématie selon le principe de « diviser pour régner ». Et cela est remarquable dans toutes les sphères de la vie de l’homme.

La gestion du bien commun et le respect de l’autorité : Il y a une implication réciproque entre ces deux valeurs sociales d’autant plus que l’une met en jeu le niveau et la qualité de responsabilité, et l’autre fait allusion à la capacité de l’exercice du pouvoir. Ainsi donc, une bonne autorité est celle qui s’adonne à la bonne gestion des personnes (ressources humaines) et  des biens (richesses). Ici se pointent à l’horizon les mots chers à la culture burundaise : umushingantahe et umugabo.

[...]Ainsi, au devoir de la bonne gestion du patrimoine familial et social, s’accorde le droit du respect qu’on doit au responsable, et donc à l’autorité. Vous comprendrez avec moi ici que l’autorité ne s’impose pas, ne s’arrache pas, mais elle se gagne par la conquête de la confiance. Néanmoins, la corruption, les dépenses inouïes, la terreur imposée, les injustices et discriminations, le favoritisme, le népotisme,…tendent à corrompre ces valeurs jusqu’à s’installer dans notre maison commune comme le Pape François l’a bien dit dans son Encyclique « Laudato si ». À ces valeurs et acceptions liées aux responsabilités du « Mugabo » et du « Mushingantahe », donc l’autorité, s’accroche la valeur de l’ amour et la défense de la patrie et/ou de la famille.

La photographie de ces valeurs et leurs blessures, loin de nous plonger dans un pessimisme délirant, nous amène plutôt à déduire encore les traces et la puissance de l’amour dans notre société. C’est la charité qui reste la valeur fondamentale capable de panser ces blessures, et sur qui l’on peut encore bâtir le Burundi de demain et le futur de notre société et notre région, a renchéri le Père Christophe.

L’AMOUR : SOCLE DE L’ERECTION D’UN NOUVEL ORDRE SOCIAL

En face des défis multiformes que nous présente notre société, comme vous venez de le constater avec moi, il est incontournable d’ériger une nouvelle manière de vivre ensemble qui sous-tend un nouveau mode d’aimer et d’agir, a émis le Père Christophe. Il a alors proposer de bâtir un nouvel ordre social sur une nouvelle civilisation de l’amour .

Il a donc présenté quelques figures de proue qui nous témoignent par leur vision et leur vie que, malgré la hausse de la criminalité dans le monde, l’amour reste et demeure l’unique force motrice qui anime le monde. C’est pourquoi, le moment que les uns tombent dans les pièges de la haine, les autres luttent pour un monde plus juste et meilleur. 

Le Père Christophe a cité les personnages du :

1. Père Joseph KENTENICH ( Fondateur de l’œuvre de Schoenstatt), dont le principe de base est celui-ci : Peu de lois tant que possible, obligations tant que nécessaire en vue de favoriser la culture de l’esprit ( responsabilité, autonomie, amour du travail bien fait, quête de la sainteté dans les petits détails de la vie,…selon le but de former : l’homme nouveau dans une société nouvelle.

2. Martin LUTHER KING : Martin Luther King a eu cette intuition divine que la force de l’amour vécu est l‘unique pour le monde aujourd’hui. Ainsi, il a donné aux gens les principes vitaux ci-après : 1) l’amour radical : c’est une intuition divine qui se transforme en passion pour le bien au prix d’un grand sacrifice. 2) Pas de réponse au mal par le mal : La résistance non-violente n'est pas une forme de lâcheté ou de laxisme devant le mal. Il ajoute que la résistance non violente nécessite beaucoup de courage et de force spirituelle. 3) Mise en vigueur de la force d’amour : à ce sujet, il a dit « La race humaine doit sortir des conflits en rejetant la vengeance, l’agression et l’esprit de revanche. Le moyen d’en sortir est l’amour». 4) Réconciliation plutôt qu’humiliation. Martin Luther King est convaincu d’une chose: la fin ne justifie pas les moyens. On ne peut pas atteindre des buts justes par des moyens injustes. Réconciliation, justice et paix sont impossibles, si l'on utilise la violence, le mensonge ou l’intimidation.

3. GANDHI et la Non-violence active : Un des grands champions de cette méthode de résolution des conflits axée sur le bannissement de la haine est bien cette figure hindou. Cette méthode s’inspire de loin ou de proche selon le protagoniste de cette maxime de Jésus-Christ selon laquelle « Ne fais à personne ce que tu ne veux pas que les autres fassent à toi-même ». Pour Gandhi la non-violence: “ ne signifie pas soumission docile à la volonté du méchant, mais signifie l'emploi de toutes les forces de l'âme contre la volonté du tyran ”. En fait, Il ressort de cette conception de Gandhi que dans toute démarche conduisant à la résolution d’un problème, l’amour doit animer les buts, les méthodes et évaluer les résultats.

4. Blaise PASCAL : Pour ce penseur, l’on distingue trois sortes d’amour capable de révolutionner la société. Chacun est une force qui meut l’homme vers des buts intelligibles et sacrés. Il distingue ainsi l’amour de la lignée qui est motivé par le sang, l’amour de la patrie qui comporte cette passion d’appartenance à une nation et l’amour sans frontière qui embrasse le monde dans sa diversité. Alors si le premier et le second peuvent être soumis au piège de l’égoïsme et de la corruption du mal, l’amour sans frontière est celui de l’ouverture à toute la création. Pour lui, « Un amour ferme et solide commence toujours par l'éloquence d'action ; les yeux y ont la meilleure part (…) Et qu'une vie est heureuse quand elle commence par l'amour et qu'elle finit par l'ambition ! » Cf. Les passions de l'amour(1652).

5. Sainte Marguerite Marie ALACOQUE : elle est la Sainte qui a reçu la grâce de répandre la dévotion au Cœur Sacré de Jésus. Dans la première manifestation, celle qui a été choisie par Jésus comme « instrument pour attirer des cœurs à son amour » reçoit clairement les grandes lignes de la dévotion qu’elle devra propager. Elle comprend les accents suivants : 1° la déclaration de l’amour de Jésus pour qui l’adorera et communiera à son corps. 2° le constat d’une ingratitude des gens par la pratique d’une indifférence à l’égard des œuvres de charité. 3° Jésus demande la consolation à son instrument de paix et d’amour afin de guérir les blessures causées par la pratique excessive du mal et lui fait ses promesses.

6. Nelson MANDELA : Ce personnage d’influence internationale que nous connaissons de plus prêt ici chez nous au Burundi nous a laissé beaucoup de vertus que doit incarner un leadership mu par la force de l’amour. Mais cette fameuse phrase résume toute sa vision et sa conviction : «  Personne n’est né en haïssant une autre personne à cause de sa couleur, de sa culture ou de sa religion. La haine doit être apprise. Mais on peut aussi apprendre l’amour. Et l’amour vient plus naturellement à l’humain que la haine.» C’est un optimisme d’un leadership responsable et de vision.

Pour le Père Christophe, l’objet de cet ordre social nouveau doit être la société. Si nous jetons un regard critique sur l’évolution des événements du monde, a-t-il souligné, nous pouvons constater que notre société a toujours été la cible des plusieurs puissances qui s’affrontent en l’homme et autour de lui. L’homme étant le sujet-clé du développement de son milieu, se voit obligé plus que jamais à coopérer à la bonne gestion de la Res Publica sous peine d’être complice à son autodestruction et, par conséquent, de la dégénérescence de sa société.

Un des lieux privilégiés de la réalisation de la vocation de l’homme à la sainteté, a noté le Père Christophe, c’est la politique. Et d’ailleurs, quelques semaines avant sa mort, le Pape Saint Jean Paul II dira le 11 février 2005 dans une lettre adressée à Mgr Ricard (Président de la Conférence Episcopale Française) : « En raison de votre mission, vous êtes appelé à intervenir régulièrement dans le débat public sur les grandes questions de société… » Aussi bien que l’homme soit un agent incontournable de sa destruction ou de son essor, la société reste l’objet de sa mission à révolutionner par son action animée par la force de l’amour.

Le Père Christophe Kashiga Kokipate a conclu son exposé en rappelant les six principes de la non-violence énoncés par Martin Luther, qui dit que:

  1. La non-violence active n’est pas une méthode destinée aux lâches. C’est une véritable résistance.
  2. La résistance non-violente ne vise pas à vaincre ou à humilier l’adversaire, mais à gagner son amitié et sa compréhension.
  3. La lutte doit être dirigée contre les forces du mal plutôt que contre les personnes qui font le mal.
  4. La non-violence active accepte de souffrir sans user de représailles. Elle accepte de recevoir des coups sans rendre la pareille.
  5. La résistance non-violente ne cherche pas seulement à éviter de se servir de la violence physique ou extérieure. Elle concerne aussi notre être intérieur. Elle consiste à refuser la haine et à vivre selon des principes fondés sur l’amour.
  6. Et enfin, le principe de non-violence est fondé sur la conviction que l’univers est du côté de la justice. C’est une foi profonde en l’avenir basée sur l’idée selon laquelle Dieu est toujours pour la vérité et pour la justice.

"Ainsi, a-t-il bouclé, la politique de la main tendue entre deux parties adverses, en vue d’un certain rapprochement d’idées, de vision, d’actions et de perspectives d’avenir,…voilà les effets que peut produire un amour basé sur l’entente, la tolérance et la compréhension. C’est ainsi que, comme le Pape François l’a conseillé aux religieux, nous pouvons regarder le passé avec reconnaissance et miséricorde, vivre le présent avec passion et envisager le futur avec optimisme".

Signalons qu'avant cet exposé du Père Christophe, il y avait eu bien d'autres exposé, tel celui de la Caritas, celui de l'ACECI et celui de Casi Interim, toutes étant des entreprises et organisations qui œuvrent pour le développement durable. Nous vous informons qu'à la fin de la journée, ces organisations, avec bien d'autres ont signé des convention de partenariats avec l'Université du Burundi.

Diomède Mujojoma

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