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Sanctuaire marial de Schoenstatt Mont Sion Gikungu

I. NOTION DE FOYER DANS LA TRADITION BURUNDAISE (suite)

  1. Foyer, comme lieu d’éducation

L’éducation traditionnelle au Burundi était, comme dans toutes les sociétés anciennes, insérée dans la vie de chaque jour. Elle visait à donner aux enfants : d’abord, une formation pratique (cultiver, soigner le bétail, entretenir l’enclos, etc.) ; ensuite, une formation sociale ( art de vivre et de se conduire au sein de la famille en relation avec les autres instances sociales, maîtrise de la parole et aussi, pour les garçons, entraînement à l’usage des armes) ; et enfin, une formation personnelle pour le développement de différentes qualités humaines : politesse, honnêteté, générosité, amabilité, dire la vérité, être juste, etc.

Les méthodes d’apprentissage reposaient sur la pratique, conseils, explications, proverbes et récits des veillées, etc. À propos des proverbes, ils constituent une provision pédagogique opérationnelle et infiniment efficace. Voici ce que dit RODEGEM : « Un code de savoir-vivre, un traité de morale, un guide dans les relations sociales, voilà ce que sont les MIGANI (proverbes) […]. Ces conseils, fruits de l’expérience, ces principes d’éducation où les vertus sont prônées et les défauts stigmatisés, se transmettent de génération en génération »[1].

  1. La vie spirituelle au foyer

Les Barundi étaient tellement conscients et pleins du sens religieux. C’est pourquoi le respect envers le sacré était d’une grande valeur. Avant même l’arrivée des missionnaires, ils croyaient en Imana (Dieu). Cela se faisait remarquer à travers les noms qu’ils donnaient aux enfants. Ils savaient qu’Imana est partout et que pour cela, il peut être prié n’importe où : « Nyamwambarizwa hose». Il était reconnu dans certains animaux comme le mouton, la bergeronnette, le coq etc. Signalons aussi qu’ils reconnaissaient un Imana « mauvais » et un bon. Un imana bon s’appelait Rugiravyose (qui fait tout), Rurema (qui crée), Rutunga (qui garde), Indavyi (qui voit), Sebibondo (qui donne les enfants).

Un Imana mauvais avait comme appellation : Inyatsi (qui spolie), Rwubarwabigata, Nyaringa, etc. Ils étaient convaincus que la mort était causée par ce dieu « mauvais». L’enfant, par exemple, pouvait connaître Dieu à travers les proverbes, les contes qu’on lui racontait autour du feu ou du foyer, à travers les félicitations d’une maman qui a mis au monde, à travers les berceuses, les chansons circonstancielles, les bénédictions, les malédictions, etc. À travers certaines pratiques, on peut constater que les Burundais, en même temps, craignaient et respectaient beaucoup Imana. Il s’agit de:

  • Garder toujours une petite quantité d’eau pour Dieu (utuzi tw’Imana) et le feu dans la maison. Sur ce propos, il existe deux traditions. Pour la première, c’était pour qu’une fois que Dieu venait créer, Il ait quoi utiliser. D’après eux, Dieu utilisait du feu pour créer et Il avait aussi besoin de l’eau pour ne pas se brûler. Pour la deuxième, les gens disent qu’Il avait besoin du feu pour se chauffer et d’eau pour créer.
  • Laisser, lors de la construction d’une maison, un petit trou en haut qui servait à Dieu de regarder tous ceux qui sont dans la maison afin de bénir et protéger ceux qui ont bien fait et maudire ceux qui ne se conforment pas à sa volonté. Sur l’impetso (insimbizo) qui servait à la maman pour garder l’enfant sur le dos, il y avait aussi un petit trou et c’était pour que Dieu regarde toujours l’enfant pour le bénir et le protéger.

Les Barundi étaient convaincus de l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience de Dieu. Ce dernier pouvait tout, mais il devait avoir la collaboration de l’homme : Imana igira aho imaniye. C’est-à-dire que dans l’action de Dieu, la contribution de l’homme était indispensable : « Imana ntiha uwicaye ». C’était comme « un rien sans vous rien sans nous » de Schoenstatt. Cela était surtout visible dans les pratiques d’Indagano (promesses) où un père de la famille s’il n’était pas du clan d’Abavumu, il devait chercher un homme adulte ou un jeune de ce clan pour aménager dans un des coins de sa maison une place de prière : Igitabo. Pour faire ses promesses (Indagano), il se rendait là avec une grande jarre de bière et il s’agenouillait tout en se tenant sur les chevilles en prononçant ceci par exemple: « Dieu du Burundi (Mana y’i Burundi), je te demande les enfants et moi je te promets de faire ceci ou cela. Si je n’accomplis pas ma parole, tu peux même me tuer ». Cet endroit de prière appelé Igitabo, en l’aménageant, on y mettait les arbres dits sacrés : Umumanda, Umurinzi. C’était un lieu de rencontre avec Dieu surtout lors des promesses.

[1] F.M REDEGEM Sagesse kirundi, publié sous les auspices de la linguistique Africaine, TERVUREN, 1961, p7

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